Ainsi, pendant que Royal, qui n’a jamais été étouffée par la modestie mais qui dépasse désormais les limites du burlesque, prétend en gros que si elle n’avait pas été là, Obama n’aurait jamais été président, sa grande copine Aubry nous ressert les vieilles recettes socialistes : puisque Sarkozy propose un plan de 26 milliards d’euros, elle en propose 50. De toute façon, elle pourrait en proposer 3 ou 400, ça n’a aucune importance, puisqu’elle sait très bien que ça ne l’engage à rien. Et d’ajouter qu’il faut augmenter le smic. Là aussi, pourquoi se limite-t-elle ? un smic à 5 000 euros, c’est quand même mieux que les 1 500 qu’elle propose. Elle suggère aussi d’embaucher des fonctionnaires. Là-dessus, elle imite le président du conseil général de Dordogne qui, aujourd’hui, constate qu’il ne peut plus assumer le budget du département.
Mais le plus fort, dans les élucubrations du PS, est tout de même Jean-Marc Ayrault. Ne reculant devant rien, il imite ses ancêtres communistes qui, en 1947, avaient déclenché des grèves insurrectionnelles, hurlant la Marseillaise dans l’hémicycle de l’Assemblée, en espérant que Paris allait se doter d’un « gouvernement populaire » et suivre l’exemple de Budapest et précéder celui de Prague. Tout cela parce qu’il juge que la majorité veut museler l’opposition. Pour la bonne compréhension de la question, il est utile de rappeler que la réforme de la constitution, en supprimant la possibilité de faire adopter un texte sans vote – c’est la fameuse procédure du 49-3 - , a prévu, en échange, d’éviter que les débats ne s’enlisent pendant des mois pour des motifs de procédure extérieurs au fond même du projet ou de la proposition de loi en question. Du pur bon sens. Qui n’avait d’ailleurs pas échappé à Jean-Marc Ayrault lui-même. Voici donc ce qu’il écrivait le 4 novembre 1998, dans Libération, alors qu’il était déjà président du Groupe socialiste à l’Assemblée, et qu’à l’époque il était pourtant possible pour la majorité de couper court à l’obstruction par le biais de l’article 49-3 :
« Les débats en séance publique sont tellement austères, sauf pour les spécialistes qui s'y affrontent avec talent, que l'opposition y recherche l'incident qui soudain réveille les journalistes et nourrit les papiers du lendemain (…) ces interminables épisodes sont par ailleurs facilités par le règlement de l'Assemblée, qui permet de désorganiser les débats grâce aux motions de procédure sans limitation de temps de parole et à l'avalanche d'amendements répétitifs. Cela s'appelle le flibuste ring. Le flibuste ring n'est pas lié à la démocratie parlementaire, il en est la maladie infantile. Il dessert la fonction législative. Le fait que certains de mes prédécesseurs se soient laissés aller à l'organiser lorsque nous étions dans l'opposition n'implique pas que je les comprenne ; encore moins que je les approuve.
Ainsi, l'Assemblée nationale fonctionne mal. Et cela nourrit l'antiparlementarisme. Je comprends que les députés socialistes se lassent de voir leurs emplois du temps bouleversés par l'anticipation de ces moments d'embuscade ou par l'étirement des débats : cette situation entrave le bon exercice de leur mandat. L'opposition ne renoncera pas, non à ses droits, mais à son harcèlement : c'est ce qu'on fait quand on n'a rien à dire. La majorité voudra-t-elle, non diminuer la nécessaire expression de l'opposition, mais instaurer les conditions d'un fonctionnement normal et plus moderne du débat législatif ? »
Sans commentaire.