Oui, Nicolas Sarkozy a eu raison de dire qu’il fallait supprimer la publicité sur les chaînes de télévision publique.
Oui, il a parfaitement raison de dire qu’il est hors de question d’augmenter le montant de la redevance.
Les deux sont parfaitement compatibles à condition que la seule bonne question soit posée. Elle ne l’a pas été une seule fois depuis que le Président de la République a ouvert ce débat le 8 janvier dernier. Et la commission Copé, théoriquement chargée de trouver une solution, n’a pas non plus jugé utile de la poser. La question est celle-ci : « a-t-on besoin d’une quinzaine de chaînes publiques de télévision et de radios en France ? »
Oui, une quinzaine. Sans compter les organismes de télévision publique qui ne diffusent pas, comme TDF ou l’Ina. D’abord France Télévisions : France 2, France 3, France 4, France 5, France O. S’y ajoutent les deux réseaux Radio France et Radio France Internationale qui diffusent les programmes de France Info, France Inter, France Musique, France Culture, France Bleu, Le Mouv’, etc. Ensuite, toutes les chaînes qui ne sont effectivement pas financées par la redevance mais par le budget de l’État : France 24 (avec trois canaux, en français, en anglais, en arabe), La Chaîne parlementaire avec deux programmes, Public Sénat et LCP Assemblée nationale. Enfin, les chaînes publiques résultant d’une coopération internationale : Arte, TV 5, Euronews.
Les raisons de cette prolifération de chaînes ? France 2 n’est qu’une pâle copie de TF 1, mais avec l’argent du contribuable. Ensuite, les chaînes lancées pour compenser la carence des autres. Cas flagrant, France 24 qui n’a d’autre raison d’existence que le fait que TV 5 n’a jamais rempli sa mission de chaîne mondiale francophone et qui n’est aujourd’hui rien d’autre qu’une compilation, peu coûteuse certes mais coûteuse quand même, des programmes de France Télévisions, de Radio Canada, de la RTBF et de la TV suisse romande. Quant à La Chaîne Parlementaire, elle été dédoublée parce que les gouvernants de la cohabitation voulaient donner un hochet à des dirigeants proches, etc.
Si le ménage était fait et qu’on revenait à un nombre raisonnable de chaînes publiques, la redevance actuelle serait largement suffisante. D’autant qu’une autre question découle de la première : y a-t-il une légitimité quelconque à ce que la télévision publique concurrence, avec l’argent du contribuable, les chaînes privées ? Le cas le plus scandaleux est celui des événements sportifs. France 2 et France 3 dépensent des sommes énormes pour diffuser le tournoi de tennis de Roland-Garros, le Tour de France cycliste, le Tournoi des six Nations. Autrement dit, le contribuable participe, à travers la redevance, aux rémunérations plus que confortables des vedettes internationales du tennis, du cyclisme ou du rugby.
Il faut parler clair : la télévision ou la radio publique n’a pas à concurrencer le secteur privé. Quitte d’ailleurs à ce qu’en échange, au nom de la mission d’informer qui est censé faire partie du cahier des charges de la télévision d’État, les télévisions privées attributaires de droits sportifs, soient tenues de mettre à disposition des télévisions publiques, des images synthétisant les événements sportifs. En d’autres termes, il est aussi scandaleux de constater que le contribuable paie pour voir les matches de tennis sur France 2 ou France 3, que de priver le même contribuable des résultats du championnat de France de football s’il ne regarde pas TF1 ou M6.
Enfin, rappelons que le gouvernement de Lionel Jospin avait tenté de supprimer la redevance télévisuelle en transférant cette charge sur le budget général de l’État. Mesure de pur bon sens. Qui n’a pas abouti pour la simple raison que les fonctionnaires chargés de la collecte de cette redevance ne voulaient pas quitter la Bretagne où se situe leur service. Ben voyons !
La Commission Copé doit saisir l’excellente occasion de son existence pour se pencher sur un sujet fondamental et autrement plus sérieux que la question d’une augmentation ou non d’un impôt ridicule et archaïque : la raison d’être et les missions d’une radio et d’une télévision publiques. La bonne question est là à l’heure où toute la galaxie médiatique est à la croisée des chemins, par le fait des récentes évolutions techniques : internet, la presse écrite gratuite, la télévision et, bientôt la radio numériques, ou la télévision mobile personnelle.

Tarick Dali